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23/05/2011

courrier adressé à tous les parlementaires

PARLEMENTAIRES, LE JUGE A L’HOPITAL PSYCHIATRIQUE, S’IL VOUS PLAIT !

1 - En première lecture vous avez introduit une rivalité d’autorité entre Préfets et Juges dans la Loi de Soins sans consentement qui viendra immanquablement compliquer de nombreuses situations. Il va de soi que nous réclamons de la simplicité et de la cohérence : un seul maître à bord pour décider de l’obligation de soin !
Le Juge est bien entendu la personne la plus appropriée, il constituera enfin un interlocuteur visible pour les malades qui pourront s’exprimer avec un être humain et n’en seront plus réduits à déchiffrer des documents administratifs souvent abscons.
Pour nous, il est clair qu’il appartient à la Police et aux Préfets de faire respecter l’ordre public; le travail des médecins consiste à soigner les malades et à rédiger le cas échéant des certificats médicaux ; c’est au Juge qu’il revient de prononcer les obligations de soins.

2 – Par ailleurs, le Juge doit venir à l’hôpital car
- la « Visio conférence » est une modalité granguignolesque, une farce qui méconnaît totalement les problèmes de santé présentés par nos malades : il est illusoire d’imaginer un patient délirant persécuté ou mystique, ou un malade dangereux et de plus en crise (le contrôle devant intervenir dans les premiers jours), s’exprimer devant une caméra !
- le transport des patients au tribunal pour une audience, ne sera jamais réalisable, nulle part en France. En effet, en psychiatrie, les patients sont toujours accompagnés par des soignants pour des raisons thérapeutiques et de sécurité; or l’on connaît la pénurie que connaissent actuellement nos hôpitaux en infirmiers qui ne pourront donc pas accompagner les malades au Tribunal.
D’ailleurs, a-t-on seulement un peu réfléchi à ce qui allait se passer au niveau du Tribunal ? Par exemple, à Paris plusieurs centaine de patients devront être auditionnés chaque semaine : a-t-on prévu des salles d’attente spécifiques au Palais de Justice? Y aura-t-il sur place du matériel adapté, la possibilité de faire des injections médicamenteuses, si nécessaires…? Car il ne faut pas se leurrer les malades devront attendre leur tour pour être entendus par le Juge: d’où la possibilité de survenues d’états d’agitation, sans compter les risques de fugues etc. Et le transport, comment l’organiser? Par convois (de sinistre mémoire), dans des camions spécialisés, comme pour les détenus ? Mais il se trouve justement que nos malades ne sont pas des détenus et que se sont eux qui vont pâtir le plus de cette situation. Je vous le demande : aurait-on l’idée de transporter au tribunal un accidenté de la route fraîchement hospitalisé, pour s’assurer de la légalité de ses soins ? Ou un comateux en phase de réveil ? Il n’est absolument pas raisonnable pour la santé des patients d’envisager de tels transports: ils ont  à ce stade de leur maladie  besoin de soins et d’attention et certainement pas d’aller attendre au Tribunal.
La seule réponse possible pour que le système fonctionne et pour que la Loi soit respectée, c’est que ce soit le Juge qui se déplace, comme dans tous les pays civilisés : à Bruxelles, Stockholm ou Amsterdam aussi bien qu’aux Etats-Unis ou qu’en Australie, le Juge tient audience deux à trois fois par semaine dans chaque hôpital. 

Docteur Gilles VIDON, Chef du Service de Psychiatrie Générale du 12è arrondissement de Paris          (tél : 06 81 76 73 95)  

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