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14/03/2012

Article de Santé mentale Mars 2012
Politique de soins en psychiatrie : les solutions existent!
L’Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique, soutenue par de nombreux signataires, formule dans un Livre blanc de
la psychiatrie dix propositions « lucides, combatives et modernes ». Questions à Denis Leguay, psychiatre des hôpitaux (Angers),
coordinateur de la rédaction du Livre blanc.

Santé mentale : Quel est l’objectif de ce
Livre blanc ?
Denis Leguay : Le Livre blanc (1), c’est d’abord
une trame de propositions pour le système
de soins psychiatriques. Ce travail est porté
aujourd’hui par l’Intersyndicale de défense
de la psychiatrie publique (Idepp). Des personnalités
diverses et représentatives se
sont associées à titre individuel à cette
démarche, démontrant qu’il existe un fort
consensus des acteurs sur le rôle de la psychiatrie
dans la société, sur les « fondamentaux
» à respecter et promouvoir, et
sur le cadre et l’organisation qui doivent en
découler. Les polémiques délétères auxquelles
on assiste aujourd’hui, par exemple
sur la question de la prise en charge des
enfants autistes, et le premier bilan (plutôt
frustrant) de l’application de la loi de
juillet 2011(2), nous incitent à proposer un
« contrat sociétal » entre tous les partenaires
de la santé mentale.
S. M : Dans le contexte actuel du nouveau
plan Psychiatrie et Santé mentale (PPSM)
2011-2015, et dans l’hypothèse d’une loi
de santé mentale promise par le candidat
Hollande, où se situe le Livre blanc ?
D. L : Nous voulions formuler des propositions
au moment même où s’élaborait le
PPSM (3) tout en prenant position dans
le débat électoral. Au-delà d’orientations
générales et de propositions concrètes,
comme le suggère le PPSM, nous souhaitons
qu’une Loi de santé mentale vienne
fixer un cadre, des objectifs, une organisation,
et des moyens. Pourquoi une loi ?
Parce qu’il y a urgence et que nous tenons
à une mise en pratique. Par ailleurs, définir
le rôle sociétal de l’appareil de soins
psychiatriques relève de la loi. La principale
question, soulevée d’ailleurs par la loi
de juillet 2011 (3) et qu’il faut revoir, est
celle des rapports et du rôle de la psychiatrie
dans la problématique de l’ordre public.
S. M : Quel est l’esprit des propositions de
ce Livre Blanc ?
D. L : Lucide, combatif, et moderne !
Lucide : la psychiatrie est sinistrée et des
besoins importants ne sont pas satisfaits.
Depuis quinze ans, ses moyens ont diminué
et les demandes ont explosé. Même si,avec la reconnaissance du handicap psychique,
des relais de prise en charge sont
en construction dans le champ du médicosocial,
on est loin du compte. Un plan de
rattrapage est indispensable, et ce serait
l’honneur des gouvernants futurs de s’y
atteler enfin.
Combatif : il y a des solutions, les perspectives
sont claires, les besoins peuvent
être évalués, les acteurs sont inventifs et
mobilisés. Mais il faut arrêter cette instrumentalisation
des conflits de doctrine,
auxquels se prêtent hélas encore quelques
nostalgiques de luttes idéologiques dépassées.
L’immense majorité des acteurs se
retrouvent sur des valeurs, une vision intégrative
des concepts, quelques principes
d’organisation, le constat des réalités cliniques
et le pragmatisme à y opposer.
Moderne : il faut avancer. Cessons de dire
qu’il nous manque seulement des moyens,
et de cultiver une posture victimaire. Ne
nous prêtons pas aux antagonismes stériles,
il faut entendre les besoins de la société.
Nous devons la convaincre que nous la défendons,
en posant quelques conditions,
comme l’indépendance des psychiatres
en tant que « juges du besoin de soins »,
ou la reconnaissance de la dimension incontournable
du registre psychodynamique.
Enfin, il faut se fixer des objectifs de progrès.
La psychiatrie est une discipline médicale,
elle évalue ses résultats et recherche
en permanence l’efficience. Elle peut définir
des objectifs de réduction de la mortalité,
de la morbidité, et se donner les moyens
de les atteindre. Il faut sortir de cette culture
fataliste, trop partagée par la société,
et les représentations qu’elle nourrit, les pouvoirs
publics et leurs contraintes économiques,
et les professionnels et le découragement
qui les a envahis.
1 – Le Livre blanc 2011 de la psychiatrie française est
consultable sur les sites de l’Idepp, ww.idepp.info/ et de
Santé mentale, ww.santementale.fr
2– Loi du 5 juillet relative aux droits et à la protection des
personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et aux
modalités de leur prise en charge.
3 – Plan psychiatrie et santé mentale 2011-2015, Prévenir
et réduire les ruptures pour mieux vivre avec des troubles
psychiques

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