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03/09/2012

dépèche APM du 29 aout 2012

Initier ou changer un traitement antidépresseur majore le risque d'accident de la route

PARIS, 29 août 2012 (APM) - L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a lancé mercredi une alerte sur l'augmentation du risque d'être responsable d'un accident de la route lors de l'initiation ou du changement d'un antidépresseur, suite à la mise en évidence de ce phénomène par une équipe française.

Les propriétés sédatives des antidépresseurs et leur contribution aux accidents de la route ont fait l'objet de plusieurs études, pour certaines contradictoires. En France, sur les boîtes d'antidépresseurs figure un pictogramme orange indiquant aux patients de ne pas conduire sans avis médical (danger de niveau 2 sur 3).

Afin d'évaluer l'impact de la consommation de médicaments sur le risque d'accident, l'étude CESIR-A croise les données de l'assurance maladie et les rapports de police avec le numéro de sécurité sociale. Le premier volet, publié en 2010 sur PloS Medecine, estimait à 3% la proportion d'accidents attribuables à une consommation de médicaments.

Dans cette nouvelle étude, publiée dans Journal of Clinical Psychiatry, l'équipe d'Emmanuel Lagarde, de l'université de Bordeaux 2 s'est plus particulièrement intéressée aux antidépresseurs. Les chercheurs ont analysé les prescriptions de 72.685 conducteurs impliqués dans des accidents de la route entre 2005 et 2008. Ils ont comparé les médicaments des 34.896 conducteurs considérés comme responsables de l'accident aux 37.789 conducteurs non responsables.

L'analyse globale fait ressortir une augmentation de 34% du risque d'être responsable d'un accident chez les conducteurs sous antidépresseur. "Toutefois, ce résultat ne différencie pas l'impact de la maladie de celui de la prise médicamenteuse. En revanche, l'analyse des cas en crossover isole l'effet des traitements pharmacologiques", précise Emmanuel Lagarde, interrogé par l'APM.

L'analyse dite "case-crossover" compare l'exposition à un traitement juste avant l'accident et pendant une période plus ancienne. En évaluant l'effet à court terme d'une exposition, l'impact de la maladie est neutralisé.

Selon cette analyse, la prise d'antidépresseur dans sa globalité est neutre, mais le risque est significativement augmenté durant deux périodes: il y a une augmentation de 49% lors de l'initiation du traitement et de 32% lors du changement d'antidépresseur. L'équipe de recherche n'a pas encore élucidé le mécanisme à l'origine d'une augmentation du risque d'accidents à ces deux moments charnières du traitement.

Etonnamment, les données par type d'antidépresseurs indiquent que les tricycliques, considérés comme sédatifs, n'élèvent pas le risque d'être responsable d'un accident. C'est en revanche les cas des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (+30%) et des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (+ 51%), après ajustement. Les autres antidépresseurs -inhibiteurs de la monoamine oxydase, miansérine, mirtazapine, viloxazine et tianeptine- sont également associés à un risque supérieur de 30%.

"La neutralité des tricycliques est certainement due au fait qu'ils ne sont quasiment plus prescrits", estime Emmanuel Lagarde.

Dans son communiqué, l'ANSM insiste sur la nécessité d'informer les patients "du risque que présentent [les antidépresseurs] sur leurs capacités à conduire, notamment lorsque le traitement est initié ou modifié".

(Journal of Clinical Psychiatry, vol 73, n°8, p 1088-1094)

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